Consternation, sidération et colère !

30 Sep 2019 | Actu FO du 93

Suite au suicide de notre collègue Christine, directrice à Pantin.

Cette affaire sera traitée avec toute la dignité qu’elle réclame, toute la détermination qu’elle nécessite

Lundi matin une de nos collègues, Christine, directrice à Pantin, a été retrouvée décédée sur son lieu de travail. L’ensemble des salariés de l’école, les parents mais aussi tous ceux qui la connaissaient sont tristes et consternés.

Le Snudi FO adresse toutes ses condoléances à la famille avec qui il est en contact et s’associe à sa douleur.

Nous sommes tous sidérés par ce geste dramatique.

Les directeurs ont reçu une lettre de cette collègue expliquant les raisons de cette décision. Vous trouverez, ci-joint, l’intégralité de celle-ci. C’est édifiant. Ce sont bien les conditions de travail qui ont fait craquer Christine. Au “pas de vague” très institutionnel, Christine a répondu par sa lettre. Nous vous invitons à la lire et à en parler autour de vous.

Christine a envoyé au Snudi F0 93 un dossier avec un mot manuscrit. Par là elle veut que, tous ensemble, dans l’unité, nous menions le combat pour dire : Plus jamais !

Ce qu’a vécu Christine, ce que nous vivons, nous, directeurs, professeurs des écoles, contractuels, AESH est scandaleux ! Pour le Snudi FO 93 il y aura désormais un avant et un après !

Une intersyndicale est prévue demain jeudi.

Avec dignité et détermination, nous organiserons dans l’unité la plus large des hommages pour Christine et les mobilisations à venir.

Nous vous tiendrons au courant des suites rapidement.

Bobigny, le 25 septembre 2019
Pour le bureau du Snudi FO 93
César Landron
Secrétaire départemental


Ci-dessous, la lettre de Christine RENON à l’inspecteur d’académie de Créteil, le samedi 21 septembre 2019 soit deux jours avant son décès


Pantin, le 21/09/2019

Monsieur l’inspecteur, Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée après seulement trois semaines de rentrée.

Les soucis depuis bien avant la rentrée se sont accumulés, c’est le sort de tous les directeurs malheureusement.

Il n’y a que les inspecteurs/trices générals qui annoncent en réunion la voix légère que les directeurs ont de très lourdes responsabilités et qu’il vaut mieux être à leur place qu’à la nôtre, mais comment pensent-ils à améliorer nos conditions d’exercice ?

Encore du travail avec le RGPD, et encore je ne vais pas me plaindre, cette année, j’ai retrouvée une décharge complète.

La succession d’Inspecteurs qui passe à Pantin ne se rend pas compte à quel point tout le monde est épuisé par ces rythmes. Personne ne s’interroge sur les gens qui partent ! Sur le temps que travaille les directeurs !

A la rentrée, les personnels non nommés qui se présentent dans les écoles sans que les inspections locales soient au courant, la course aux enseignants faite par l’inspecteur et moi-même pour mon école le samedi après midi pour le lundi, j’imagine que pour les autres cela a été pareil, le risque écarté le vendredi de fermeture de classe (A la maternelle Méhul il y a eu trois fois des changements de structures après la rentrée) tout cela concourt au stress des directeurs

Les remontées de tableau de structure !!!! mais à quoi sert onde ? Faut il donner de l’argent des coopératives pour que les inspecteurs aient une clé OTP !

Le travail des directeurs est épuisant, car il y a toujours des petits soucis à régler, ce qui occupe tout notre temps de travail et bien au-delà du temps rémunéré, et à la fin de la journée, on ne sait plus trop ce que l’on a fait.

Pour ma part, j’ai toujours fait pour le mieux pour les élèves, les enseignants, les parents j’ai essayé de me rendre disponible au maximum pour chacun, toujours répondu positivement à un service que l’on me demandait.

Je dois dire que l’accumulation de faits mineurs dont le plus grave de mon point de vue s’est passé à l’extérieur de l’école, la réception des parents concernés, les concertations avec la psychologue scolaire, les entrevues ou échanges avec l’inspecteur m’ont plus qu’éprouvée !

En rien l’école n’est responsable de cela, mes collègues et moi même faisons de notre mieux pour la sécurité des enfants.

Mais les Directeurs sont seuls ! Seuls pour apprécier les situations, seuls pour traiter la situation car les parents ne veulent pas des réponses différées, tout se passe dans la violence de l’immédiateté. Ils sont particulièrement exposés et on leur en demande de plus en plus sans jamais les protéger.

La semaine après la rentrée, ils sont déjà épuisés.

Le nombre de personnel dans des collèges qui reçoivent le même nombre d’élèves que nos école montre le degré de l’exposition et du stress dans les situations tendues quand on est seul.

C’est une honte qu’il y ait des directeurs non déchargés.

La perspective d’appeler une famille pour leur dire que leur enfant (alors qu’on est sûr qu’il ne l’a pas fait) est soupçonné d’avoir mis le doigt dans l’anus d’un autre (ils ont 3 ans tous les 2) dans la classe, l’école ou le centre ! IMPOSSIBLE ! Je ne peux pas le faire, c’est la goutte d’eau qui ce matin m’a anéanti, mais franchement, j’étais déjà très éprouvée,

La perspective aussi de devoir organiser des APC avec les horaires que l’on a. Franchement, prendre les enfants sur le temps méridien, cela peut les faire progresser ? au pire ils ont faim, au mieux ils digèrent !
Les prendre après, les prendre avant ? En quoi les rythmes de l’enfant à Pantin sont ils raisonnables ? Presque les même qu’avant avec le mercredi en plus.
Pourquoi notre ministre n’impose-t-il pas aux villes les même horaires ?
Et que pense-t-il des horaires de Pantin ?

La perspective de devoir faire le tableau des réunions,

La perspective de devoir faire les élections de parents d’élèves ,

La perspective de devoir faire les plans de sécurité,

La perspective d’aller expliquer aux nouveaux le carnet de suivi des apprentissages premiers, alors que l’État nous a laissé faire tout seuls ce « truc », car selon les circonscriptions, départements, personne n’a le même, certains ont un livret qu’ils tamponnent ce qui a le mérite d’être pratique et moins chronophage, d’autres collent des vignettes, écrivent, prennent des photos… ceci prend un temps monstrueux aux enseignants. Certains s’en sortent mieux avec l’application sur tablette sur apple, bien sûr tout équipement est sur les deniers personnels des enseignants.

La perspective de devoir faire avec la nouvelle direction du centre de loisirs qui nous envoient des animateurs à 12 heures 10 pour enquêter sur la probabilité que l’enseignante ait appelé la famille d’un enfant qui est tombé et qui dénie une fois qu’elle a la réponse, et le lendemain pareil à midi pour un autre enfant alors qu’il n’est pas inscrit au centre de loisirs!! cela augure des relations futures !

La perspective de devoir attendre pour voir mon médecin pour la toux qui m’empêche de dormir depuis plusieurs jours

La perspective de dire encore en conseil d’école que les enseignants sont les seuls à qui l’employeur (l’État qu’il s’agisse de l’Education Nationale ou de la collectivité locale) ne fournit pas leur outil de travail, et même avec leurs outils personnels, ils ont du mal à travailler, franchement 2 heures de pause méridienne et pas d’ordinateur pour 11 classes, la clé USB pour le service informatique de la ville de Pantin est un danger digne de déclencher une guerre !

La perspective de tous ces petits riens qui occupent à 200 % notre journée

Je dois dire aussi que je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs, et la cellule de crise quelle blague !.

L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête ! Pourvu que la presse ne s’en mêle pas ! J’ai vu mon amie XXXXXXXXX se relever difficilement de ce manque de soutien.

En l’occurrence, je ne vois pas de quoi la presse se mêlerait ! Personne dans l’école n’a rien à se reprocher, j’ai des collègues formidables qui font très bien leur travail, les enfants sont en sécurité dans un cadre rassurant.

Je laisse à la cellule de l’éducation nationale le soin de gérer au mieux le mal être qui va suivre suite au choix du lieu de ma fin de vie, et je suis particulièrement désolée pour XXXXXXXXX qui se remet à peine du décès de ses parents.

Et pour finir, je me demande si je ne ferai pas une petite déprime !!! je n’ai pas l’habitude, j’en ai jamais fait, mais j’ai une boule dans la gorge depuis ce matin et envie de pleurer et je suis tellement fatiguée !

Je remercie les parents d’élèves élus qui ont toujours été là,
Je remercie les parents en général
Je remercie mes collègues directeurs
Je remercie mes collègues pour leur travail avec leur classe, particulièrement à XXXXXXXXX , XXXXXXXXX , XXXXXXXXX , et bravo les nouveaux arrivants
Je remercie les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école
Je remercie aussi les nombreux animateurs avec qui nous échangeons des bonjours cordiaux Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom,

Christine Renon
Directrice épuisée



ACADÉMIE DE CRETEIL

Les organisations syndicales SNUipp-FSU, Snudi-FO, Sud Education, CGT Educ’action, Se-UNSA, CNT et Sgen-CFDT de Seine-Saint-Denis réunis ce jour, jeudi 26 septembre 2019 présentent leurs condoléances à la famille, aux collègues, au personnel municipal et aux proches de Christine Renon.

Le geste de Christine témoigne d’une situation d’extrême souffrance au travail qui fait écho au mal être de l’ensemble de la profession.

Cette marche forcée de réformes rejetées par la profession dans la rue comme dans les instances paritaires ministérielles comme académiques ou départementales, contraint de nombreux collègues à mettre en œuvre sous la pression hiérarchique des mesures qui heurtent leur professionnalité, voire qui bafouent leurs valeurs humaines et professionnelles.

L’institution est responsable. Il faut des réponses concrètes pour garantir la santé, l’intégrité morale et physique des personnels. A cette fin, les organisations syndicales proposent :

  • Une marche blanche afin de rendre hommage à Christine.
  • En lien avec sa famille, une marque de symbolique sera proposée aux collègues pour manifester leur solidarité le jour des obsèques de Christine.
  • D’ores et déjà les organisations syndicales ont demandé la tenue d’un CHSCT départemental extraordinaire spécifique sur cette question. Une journée de grève et un rassemblement seront proposés à cette date.

Nous construirons avec les collègues les perspectives de mobilisations sur le long terme afin que cela ne se reproduise plus jamais.